CASA_AR : quand la mémoire de Casablanca s’anime dans vos mains
Un projet de patrimoine augmenté inédit, développé en collaboration avec CasaMémoire, pour transformer la corniche casablancaise en musée vivant à ciel ouvert.
Imaginez pointer votre smartphone vers le Phare El Hank et voir surgir, en trois dimensions, l’histoire de ce phare centenaire — sa construction en 1916, sa lumière qui guidait les navires à 55 kilomètres au large, les récits de ceux qui l’ont habité. C’est exactement ce que propose CASA_AR : transformer la promenade en corniche de Casablanca en une expérience de découverte patrimoniale immersive, accessible à tous, sans application à télécharger.
Un projet né d’une conviction : le patrimoine appartient à tous
Casablanca est une ville qui se raconte peu. Métropole économique tournée vers l’avenir, elle porte pourtant en elle des strates d’histoire extraordinaires — architectures Art Déco, sites saints côtiers, phares coloniaux, mosquées royales — que la majorité de ses habitants et de ses visiteurs ne connaissent qu’en surface.
C’est dans ce contexte que CasaMémoire, association de référence dans la préservation et la valorisation du patrimoine casablancais, m’a invité à concevoir une expérience de réalité augmentée pour les 15èmes Journées du Patrimoine de Casablanca. L’objectif : utiliser la technologie non pas comme une fin en soi, mais comme un vecteur d’émotion, d’accès et de transmission.
Ce projet représente une première pour CasaMémoire dans l’usage de la réalité augmentée. Et pour moi, artiste numérique franco-marocain travaillant à l’intersection de la création interactive et des identités culturelles, c’est une mission profondément personnelle.
« Le numérique ne doit pas remplacer l’expérience du lieu — il doit en révéler ce que l’œil nu ne peut plus voir. » — Kamel Ghabte, concepteur de CASA_AR
Trois œuvres, trois lieux, une histoire continue
CASA_AR s’articule autour d’un circuit littorale le long de la corniche de Casablanca. Chaque arrêt est une œuvre à part entière : un modèle 3D interactif du site, des contenus historiques trilingues (français, arabe, anglais) et une narration sonore. Le tout accessible directement depuis le navigateur web de votre smartphone.
Construite entre 1987 et 1993 sur l’Atlantique, conçue par Michel Pinseau, mobilisant 10 000 artisans sur 6 ans. L’expérience AR décompose le monument en couches architecturales : minaret (210 m), salle de prière, toit coulissant, fondations marines. Une méditation sur la rencontre entre l’art marocain traditionnel et l’ingénierie contemporaine.
Architecture · Héritage RoyalÉrigé en 1916, conçu par Albert Laprade avec une couronne inspirée des minarets marocains, entré en service le 1er août 1920. 51 mètres de hauteur, portée de 55 km. Avant la Mosquée Hassan II, c’était le bâtiment le plus haut de Casablanca. L’AR lui restitue son rôle de sentinelle de l’Atlantique.
Architecture Coloniale · MaritimeUn rocher à quelques mètres de la corniche, habité depuis le XIXe siècle par le mausolée d’un marabout de Bagdad surnommé « Moul Majmar » — l’homme au brasero. Lieu de pèlerinage féminin (ziyara), de baraka et de voyance. L’œuvre AR restitue le sacré et l’intangible d’un lieu que peu osent approcher sans comprendre.
Patrimoine Sacré · Mémoire VivanteLa technologie au service de l’émotion
CASA_AR est construit entièrement sur des technologies web ouvertes — sans application à télécharger, sans matériel spécialisé. Un smartphone, un navigateur, et vous entrez dans le patrimoine augmenté de Casablanca.
Un pipeline technique pensé pour la longévité
Les modèles 3D des sites ont été traités via un pipeline professionnel : conversion des fichiers STL en GLB avec compression Draco (réduction jusqu’à 90% du poids des fichiers), puis intégration dans des scènes Three.js avec contrôles orbitaux, éclairage dynamique et overlays d’information. Le circuit de navigation entre les sites repose sur une carte interactive Leaflet.js déployée sur Netlify.
Chaque œuvre embarque une synthèse vocale trilingue (français, arabe, anglais) activable sur chaque site, rendant l’expérience accessible aux populations locales, à la diaspora marocaine et aux visiteurs internationaux.
- Three.js r128
- Draco Compression
- Leaflet.js
- Web Speech API
- GLB / glTF Pipeline
- HTML5 / Vanilla JS
- Netlify CDN
- Responsive Mobile-First
Pour qui ? Découverte, redécouverte, appartenance
CASA_AR s’adresse à des publics très différents, avec une même promesse : renouer avec l’histoire d’une ville à travers une expérience sensorielle et interactive.
Les habitants et résidents : redécouvrir ce qu’on croit connaître
Pour les Casablancais, la corniche est un lieu du quotidien — une promenade, un horizon familier. CASA_AR propose un renversement : ce lieu que vous traversez tous les jours recèle des histoires que personne ne vous a jamais racontées. Pourquoi ce phare ressemble-t-il à un minaret ? Qui était vraiment Sidi Abderrahmane ? Quel roi a décidé de construire une mosquée sur l’eau, et pourquoi ?
L’expérience offre aux habitants un sentiment inédit : celui d’habiter une ville qu’on (re)découvre. C’est une invitation à regarder différemment ce qu’on pensait connaître par cœur.
Les touristes : une immersion culturelle en profondeur
Casablanca est souvent une étape transit — une ville qu’on traverse sans s’y arrêter vraiment. CASA_AR lui restitue une épaisseur narrative que les guides classiques peinent à transmettre. Un touriste qui emprunte le circuit littorale avec son smartphone peut, en deux heures, accéder à des siècles d’histoire architecturale, spirituelle et urbaine dans trois langues — sans guide, à son propre rythme.
Les familles et la jeunesse : apprendre en jouant
La dimension interactive des modèles 3D — on peut tourner, zoomer, explorer chaque monument — transforme la visite en jeu d’exploration. Pour les enfants et les adolescents nés avec un smartphone dans les mains, CASA_AR parle leur langage tout en leur transmettant quelque chose d’essentiel : la fierté de leur patrimoine.
Les chercheurs, enseignants et institutions
Pour les professionnels du patrimoine, de l’éducation et du tourisme culturel, CASA_AR constitue une démonstration de ce que peut être la médiation numérique de terrain : accessible, multilingue, sans friction technologique, et conçue pour durer.
Où : Circuit Casablanca Littorale (Mosquée Hassan II → Phare El Hank → Sidi Abderrahmane)
Quand : 13 au 19 avril 2026, 8h00 → 21h00 — entrée libre, sans inscription
Comment : Depuis votre smartphone, navigateur web, aucune application à installer
Organisé par : CasaMémoire — Journées du Patrimoine de Casablanca, 15ème édition
CASA_AR : un projet vivant, conçu pour s’enrichir dans le temps
Ce qui est présenté lors des Journées du Patrimoine 2026 n’est qu’un premier chapitre. CASA_AR a été conçu dès le départ comme une infrastructure évolutive — une plateforme patrimoniale numérique destinée à s’enrichir continuellement.
La vision à long terme est celle d’un musée urbain augmenté de Casablanca : un espace numérique superposé à la ville réelle, accessible à tout moment, qui accumule et transmet la mémoire collective de la métropole.
- Archives photographiques et filmiques — intégration de photographies d’époque, d’archives cinématographiques, de plans d’architecte directement superposés aux sites
- Récits audio et contes oraux — enregistrement et diffusion de témoignages d’habitants, de mémoires de quartier, de contes populaires liés aux lieux
- Illustrations et reconstitutions — restitution visuelle de l’état des sites à différentes époques grâce à des artistes et illustrateurs marocains
- Extension du circuit — intégration de nouveaux sites du patrimoine casablancais : Médina, quartier Art Déco, Roches Noires, Ain Chock…
- Contributions communautaires — permettre aux habitants de contribuer leurs propres mémoires, photographies et récits au patrimoine numérique commun
- Accessibilité renforcée — adaptation pour les publics en situation de handicap visuel (audiodescription enrichie) et cognitif
- Interfaces AR natives — évolution vers des lunettes de réalité augmentée légères à mesure que la technologie se démocratise
Le patrimoine n’est pas une archive figée — c’est un organisme vivant qui respire à travers ceux qui le racontent. CASA_AR se veut le terrain numérique de cette respiration. — Vision du projet CASA_AR
Pourquoi la réalité augmentée est l’outil juste pour le patrimoine
La réalité augmentée possède une qualité unique par rapport aux autres médias : elle contextualise dans l’espace. Regarder une photographie d’archive dans un musée vous informe. Voir cette même archive surgir à l’endroit exact où elle a été prise, superposée à la réalité d’aujourd’hui, vous transporte.
C’est cette superposition temporelle — le passé qui se glisse dans le présent, au même endroit — qui rend la réalité augmentée particulièrement puissante pour la médiation patrimoniale. Elle crée une présence de l’histoire que ni le texte, ni la vidéo, ni même le musée physique ne peuvent reproduire de la même façon.
Pour une ville comme Casablanca, qui vit une urbanisation rapide et dont certains sites patrimoniaux sont fragiles ou menacés, la réalité augmentée offre également une fonction de préservation : numériser ces lieux, c’est les sauvegarder dans une forme accessible, transmissible et pérenne, indépendamment du sort physique des bâtiments.
Le modèle « zéro friction » : une démocratisation réelle
Le choix de CASA_AR de fonctionner sans application à télécharger n’est pas anodin. Dans un contexte où les smartphones sont omniprésents mais où les habitudes de téléchargement d’applications restent sélectives, un accès web direct garantit que personne n’est exclu par un obstacle technique. Un lien, un QR code, et l’expérience commence.
Une collaboration avec CasaMémoire : quand la mémoire rencontre le code
Ce projet n’aurait pas de sens sans l’ancrage que représente CasaMémoire. Fondée par des architectes et défenseurs du patrimoine casablancais, l’association est la gardienne d’une connaissance profonde et rigoureuse de l’histoire bâtie de la ville. C’est cette connaissance qui a nourri et guidé chaque choix de contenu dans CASA_AR.
De mon côté, mon travail consistait à traduire cette connaissance en expérience sensible et interactive — à trouver la forme technologique qui honore la profondeur du propos sans le trahir par une spectacularisation vide de sens. C’est un équilibre exigeant, et je suis honoré de la confiance que CasaMémoire m’a accordée pour le trouver.
Cette collaboration dessine un modèle que j’espère voir se répliquer : celui de l’artiste-développeur comme passeur, l’intermédiaire entre les détenteurs de la mémoire historique et les publics d’aujourd’hui. Un rôle qui demande autant de rigueur que de sensibilité créative.
Une première. Et un commencement.
Aujourd’hui, 13 avril 2026, CASA_AR s’ouvre au public pour la première fois, sur la corniche de Casablanca, dans le cadre des Journées du Patrimoine. C’est une première pour CasaMémoire, une première pour le projet, et une première pour les visiteurs qui vont croiser ce circuit et pointer leur téléphone vers le Phare El Hank.
Je ne sais pas encore ce qu’ils y verront — pas seulement techniquement, mais émotionnellement. Est-ce qu’une grand-mère casablancaise reconnaîtra dans l’œuvre AR de Sidi Abderrahmane le lieu de la ziyara de sa propre mère ? Est-ce qu’un touriste espagnol repartira de Casablanca avec une compréhension nouvelle de ce qu’est une mosquée construite sur l’océan ? Est-ce qu’un lycéen de Hay Hassani deviendra, grâce à ce circuit, curieux de l’histoire de sa ville ?
Ces questions sont ma boussole. Et CASA_AR n’est que le premier pas d’un projet conçu pour durer, pour grandir, et pour que la mémoire de Casablanca — toute la mémoire, dans toutes ses langues et toutes ses couches — soit un jour à portée de main de chaque habitant et de chaque visiteur.
La ville vous attend. Le patrimoine aussi.