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Analyse · Jeunesse & numérique au Maroc

NEET au Maroc : les arts numériques, un levier concret pour CAP Compétences 2030 et My Chance

Par Kamel Ghabte28 août 2026Lecture ~6 min

Le Maroc ne manque ni de volonté ni de budget pour sa jeunesse. Ce qui se joue maintenant, c'est l'exécution : trouver des dispositifs qui remobilisent réellement les jeunes, construisent des compétences vérifiables et tiennent sur le terrain. Les arts numériques sont l'un de ces leviers — et il est encore sous-utilisé.

En quelques mois, le paysage s'est densifié. Digital Morocco 2030 fixe un cap chiffré : former 100 000 talents numériques par an d'ici 2030, contre environ 14 000 en 2022. CAP Compétences 2030 réforme la formation professionnelle, avec la digitalisation de l'ANAPEC, le profilage et l'e-coaching des jeunes. Et lors de GITEX Africa 2026, le programme My Chance a été lancé pour cibler spécifiquement les NEET — ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le tout dans un pays dont la visibilité mondiale monte à mesure qu'approche la Coupe du Monde 2030.

Autrement dit : la question n'est plus « faut-il investir dans la jeunesse numérique ? ». Elle est votée, financée, affichée. La vraie question devient : avec quels dispositifs, concrètement, et qui sait les faire tourner sur le terrain ?

Le point dur : remobiliser avant de former

On ne forme pas un jeune qui a décroché comme on forme un étudiant motivé. Avec les NEET, l'obstacle n'est presque jamais technique au départ — il est humain : perte de confiance, sentiment d'illégitimité, absence de projection. Une formation classique qui commence par un cours magistral perd ce public dès la première heure.

C'est précisément là que les arts numériques ont un avantage rare : ils font produire quelque chose de fier dès la première séance. Un jeune qui, en trente minutes, voit une œuvre naître de ses gestes sur un écran ne se vit plus comme « en échec ». Il se vit comme auteur. Cette bascule de posture est la condition de tout le reste : une fois qu'elle a eu lieu, la montée en compétences devient possible.

Le premier livrable d'un parcours NEET réussi n'est pas une compétence. C'est une fierté. La compétence vient après — et elle vient plus vite.

Du geste au métier : une chaîne de compétences réelles

L'erreur serait de s'arrêter à l'émotion. La force du creative coding, c'est qu'il relie l'accroche à des compétences directement valorisables sur le marché :

  • Logique et algorithmique — comprendre une boucle, une variable, une condition, en les voyant produire de l'image.
  • Culture numérique et outils — prise en main d'un environnement de code (p5.js), du navigateur au dépôt de projet.
  • Design d'interaction & IA générative — concevoir une expérience, dialoguer avec des outils d'IA, garder la main d'auteur.
  • Savoir-être professionnel — travailler en groupe, tenir un délai, présenter son travail en public.
  • Un portfolio — une trace concrète, montrable à un employeur ou à une école.

Ces briques sont exactement celles que visent Digital Morocco 2030 et CAP Compétences 2030. Le patrimoine marocain — zellige, tissage, calligraphie, Tifinagh — sert de matière première : on ne code pas « dans le vide », on code sa propre culture. C'est ce qui rend l'apprentissage désirable plutôt que scolaire.

Ce n'est pas une théorie : c'est déjà en place

Ce raisonnement, je ne le déroule pas depuis un bureau. Je travaille au Maroc en continu depuis plus de dix ans, des deux côtés de la Méditerranée. Lors de l'événement « Être Jeune » 2026 de la Fondation Épanwe, dans les centres JOY à Nouaceur, un déploiement de médiation numérique a touché environ 3 000 personnes et encadré une première cohorte de jeunes — avec un partenariat de déploiement signé à la clé. J'interviens aussi en école de code (1337 Ben Guerir), en université et en école d'art (Ben M'Sick, Cadi Ayyad, Beaux-Arts de Casablanca), et mes œuvres ont été primées (1er Prix FIAV Casablanca 2020, Award ADAF Athènes).

De cette pratique, j'ai tiré cinq programmes prêts à l'emploi, chacun aligné sur un cadre national et adaptable au public : remobilisation des NEET par l'œuvre collective, parcours creative coding vers les métiers du numérique, kit de médiation clé en main déployable à distance, formation de formateurs pour démultiplier l'impact, et le patrimoine jouable comme accroche identitaire.

Les 5 programmes, en détail

Public visé, ce que le jeune en retire, preuve terrain et cadre de financement mobilisable — tout est posé, prêt à adapter à votre territoire.

La fenêtre est maintenant

Les stratégies changent de nom, les budgets se reconfigurent, les priorités bougent — tout évolue vite. Mais deux choses restent stables : la jeunesse marocaine a besoin de portes d'entrée vers le numérique, et le pays a décidé d'en financer l'ouverture. Les institutions, universités, fondations et collectivités qui sauront s'appuyer sur des opérateurs capables d'exécuter — et de documenter l'impact — prendront de l'avance pendant cette décennie décisive.

Si vous portez un public de jeunes, un territoire, une programmation : dites-moi lesquels. Je vous dis le programme qui s'inscrit dans les cadres nationaux, et comment le financer.

Cadres cités : Digital Morocco 2030, CAP Compétences 2030 (ANAPEC), AI Made in Morocco, My Chance (lancé à GITEX Africa 2026), INDH phase III. Repères terrain : Fondation Épanwe / « Être Jeune » 2026, 1337 Ben Guerir, FIAV Casablanca, ADAF Athènes. Cet article reflète l'analyse et l'expérience de l'auteur.