Inclusion sociale, art numérique et création collective au cœur de l’événement ÊTRE JEUNE 2026 — Centre JOY Nouaceur
Il y a des journées où la technologie cesse d’être un écran entre les gens pour devenir un lien. Les 26 et 27 juin 2026, au Centre JOY de Nouaceur (Casablanca), l’événement ÊTRE JEUNE 2026 a accueilli une masterclass et un workshop qui ont posé une question rarement formulée dans les espaces numériques : et si le patrimoine culturel marocain était déjà, depuis des siècles, un langage algorithmique ?
Pas de pitch startup. Pas de démonstration de chatbot. Juste vingt jeunes Casablancais·es, un vidéoprojecteur, et l’idée que le code peut être un acte de mémoire collective.
Patrimoine 2.0 — une masterclass qui commence par un constat
Le format était volontairement narratif. Pendant 1h30, la masterclass « Patrimoine 2.0 » a proposé un parcours en quatre temps : de l’introduction du code créatif comme pratique artistique, en passant par des études de cas concrètes, jusqu’à une « clinique de projets » ouverte aux participant·es.
Le point de départ : le zellige marocain et l’écriture Tifinagh ne sont pas des ornements figés dans le passé. Ce sont des systèmes de données ancestraux — des grilles de symétrie, des modularités, des règles de composition — qui trouvent un écho direct dans la logique algorithmique contemporaine. Quand un maître-zellij de Fès assemble ses pièces, il exécute intuitivement des opérations que le code informatique formalise : translations, rotations, pavages, récursivité.
Cette perspective change tout. Elle dit aux jeunes présent·es que l’intelligence artificielle et le code créatif ne sont pas des importations culturelles à subir, mais des outils qui prolongent des savoirs locaux millénaires. L’algorithme n’est pas étranger à leur héritage — il en est une lecture moderne.
Ce qu’on ne montre pas d’habitude
La masterclass a délibérément évité le discours ambiant sur l’IA-outil-de-productivité. L’approche était différente : montrer comment un motif traditionnel se traduit en formule mathématique, comment une donnée en temps réel peut générer une texture visuelle, comment un objet du quotidien marocain — un plateau de thé, un moucharabieh, un tapis — peut devenir une installation interactive immersive.
Le format « clinique de projets » a ouvert un espace rare : les participant·es ont pu soumettre leurs propres visions de la culture et de l’innovation, discuter des défis de la préservation culturelle face à l’uniformisation numérique, et poser des questions concrètes sur les métiers des arts numériques et des réalités étendues (XR).
Workshop « Code Créatif — Sculpter l’algorithme » : de consommateur à créateur en 90 minutes
Le lendemain, le passage à l’acte. Le workshop « Code Créatif — Sculpter l’algorithme » a rassemblé des jeunes de 15 à 25 ans, niveau débutant accepté, autour d’une promesse simple : produire un visuel personnel en moins de 90 minutes, sans avoir jamais touché une ligne de code.
L’outil choisi : p5.js, un environnement de code créatif en source ouverte, couplé à une interface nodale accessible depuis un navigateur web. Pas d’installation. Pas de configuration. Un « bac à sable » numérique préconfiguré, prêt à l’emploi sur n’importe quel ordinateur ou smartphone.
Le déroulé en quatre séquences :
Démystification (15 min) — Une démonstration visuelle pour casser le mythe : quelques lignes de code suffisent à générer des formes complexes. Le code n’est pas réservé aux ingénieurs ; c’est un pinceau, un burin, un outil de sculpture numérique.
Prise en main (20 min) — Manipulation guidée des premières variables : couleurs, échelles, répétitions. Les participant·es découvrent que modifier un chiffre dans une ligne de code change radicalement ce qui apparaît à l’écran. Le geste est immédiat, le retour visuel instantané.
Création libre (40 min) — Le cœur de l’atelier. Chacun·e expérimente, modifie, casse et reconstruit les algorithmes pour créer son propre générateur de motifs. L’accompagnement est individuel : pas de modèle unique à reproduire, mais un espace d’exploration personnelle.
Restitution collective (15 min) — Projection des créations sur grand écran. Discussion sur ce glissement fondamental : passer de consommateur passif de technologie à créateur actif. Les visuels produits ont été exportés et intégrés au mur collectif de l’événement.
L’application collaborative : créer ensemble depuis son smartphone
Le point d’orgue de ces deux journées — et probablement le moment le plus fort en termes d’inclusion — a été le déploiement d’une application de création collective en temps réel. Via un simple QR code scanné depuis leur smartphone, les participant·es ont pu contribuer simultanément à une œuvre générative partagée, projetée en direct sur l’écran de la salle.
Le principe : chaque téléphone devient un pinceau. Chaque geste, chaque choix de couleur, chaque paramètre modifié par un·e participant·e alimente une grille visuelle commune qui évolue en temps réel. Il n’y a pas de hiérarchie entre les contributions. Pas de « bon » ou de « mauvais » geste créatif. L’œuvre collective émerge de l’addition de toutes les sensibilités présentes dans la pièce.
Ce dispositif incarne une idée centrale : la technologie inclusive n’est pas celle qui simplifie, c’est celle qui donne accès à la création sans filtre. Quand un·e jeune de Nouaceur ouvre son navigateur, scanne un QR code et voit instantanément sa contribution apparaître sur un écran de 2,5 mètres aux côtés de celles des autres, quelque chose se déplace. Ce n’est plus un atelier sur la technologie. C’est un moment avec la technologie, au service d’une expression collective.
Les participant·es ont pu repartir avec l’ensemble des ressources sur leur smartphone : environnement de code créatif, tutoriels, liens vers p5.js et les outils utilisés pendant l’atelier. L’idée étant que l’apprentissage ne s’arrête pas à la porte du centre — il continue chez soi, à son rythme, avec les mêmes outils que ceux utilisés pendant la session.
Pourquoi cela compte : art, code et inclusion sociale au Maroc
Le Maroc investit massivement dans sa jeunesse. La stratégie Maroc Digital 2030, les 687 Maisons de Jeunes réparties sur le territoire, le programme Pass Jeunes, les conventions signées lors du Morocco Gaming Expo 2026 — tous ces dispositifs visent le même objectif : donner aux 15–35 ans les moyens de passer du statut de spectateurs à celui d’acteurs de la transformation numérique.
Mais l’inclusion numérique ne se limite pas à l’accès aux outils. Elle passe aussi par la reconnaissance des savoirs culturels comme matière première de l’innovation. Quand un atelier de code créatif à Nouaceur prend pour point de départ le zellige et le Tifinagh plutôt qu’un tutoriel générique en anglais, il dit quelque chose de politique : votre culture n’est pas un obstacle à la modernité, elle en est un moteur.
C’est cette articulation entre patrimoine immatériel, pratique artistique et compétences numériques qui rend ce type d’intervention pertinente au-delà du cadre événementiel. Les jeunes ne repartent pas seulement avec un visuel exporté en PNG. Ils repartent avec une compréhension différente de leur propre rapport à la technologie — et à leur héritage.
Ce que les participant·es emportent
Chaque participant·e a reçu une attestation de participation nominative, un accès aux ressources pédagogiques via QR code (environnement bac à sable, documentation p5.js, portfolio de références), et l’archive complète des visuels produits pendant le workshop.
Mais le vrai livrable, c’est le déplacement du regard. Comprendre que le code est un medium expressif. Que l’intelligence artificielle et les algorithmes génératifs ne sont pas des boîtes noires réservées aux grandes entreprises technologiques, mais des outils de narration, de mémoire et de création accessibles à toutes et tous. Et que le patrimoine marocain — ses géométries, ses écritures, ses logiques de composition — est un terrain d’exploration infini pour quiconque veut créer avec les outils de son époque.
Masterclass « Patrimoine 2.0 » et Workshop « Code Créatif — Sculpter l’algorithme » — ÊTRE JEUNE 2026, Centre JOY Nouaceur, Casablanca. 26–27 juin 2026. Intervention de Kamel Ghabte, artiste numérique et créatif coder.
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