Une expérience de réalité virtuelle où la médina traditionnelle renaît en ville cybernétique — présentée à ÊTRE JEUNE 2026, Centre JOY Nouaceur

Que se passe-t-il quand on demande à un·e jeune Marocain·e de mettre un casque de réalité virtuelle et de marcher dans une médina ? Pas la médina de Fès, pas celle de Marrakech — une médina qui n’a jamais existé. Une médina cybernétique, à mi-chemin entre les derbs anciens et les néons d’un futur spéculatif. Une médina qui ressemble, étrangement, à la manière dont cette génération se perçoit elle-même : entre deux mondes, en construction permanente.
« Medina Cybercity » est cette expérience. Présentée en réalité virtuelle lors d’ÊTRE JEUNE 2026 au Centre JOY de Nouaceur, l’œuvre a offert à de nombreux·ses jeunes leur toute première immersion en VR. Et le fait que ce premier voyage se fasse dans un espace ancré dans leur propre culture — pas dans un jeu vidéo américain, pas dans une simulation générique — change tout.
La médina comme métaphore de la jeunesse marocaine
Le point de départ du projet est une observation : la médina est le symbole architectural le plus puissant du Maroc. Mais elle n’est pas figée. Elle a toujours été un organisme vivant — dense, chaotique, auto-organisé, en perpétuelle transformation. Les ruelles s’ajoutent, les étages se superposent, les usages changent.
Medina Cybercity transpose cette logique dans un environnement numérique. La médina virtuelle est une entité émergente, parfois structurée, parfois désordonnée, reflétant une phase de transition et de croissance continue. C’est exactement ce que vit la jeunesse marocaine contemporaine : naviguer entre le respect des traditions et les aspirations à la modernité, construire son identité dans un monde où les repères se superposent sans toujours s’articuler.
L’œuvre ne résout pas cette tension. Elle la spatialise. On marche dedans. On la traverse. Et en la traversant, on la reconnaît.
Première expérience VR : pourquoi le contexte culturel compte
Pour une large part des jeunes présent·es à Nouaceur, enfiler un casque VR était une première absolue. Et c’est précisément cette primauté qui rend le choix du contenu décisif. La première fois qu’on entre dans un monde virtuel, on se constitue un référentiel — une idée de ce que la VR peut être, de ce à quoi elle peut servir.
Si cette première expérience est un jeu de tir générique ou une simulation de montagnes russes, le message implicite est clair : la VR, c’est du divertissement importé. Si cette première expérience est une médina réinventée, avec des volumes qui rappellent les passages couverts, des textures qui évoquent le tadelakt, des lumières qui oscillent entre les lanternes traditionnelles et les reflets cybernétiques — alors le message est tout autre : cette technologie peut raconter ton histoire.
C’est un acte de souveraineté narrative. Et dans le contexte de la stratégie Maroc Digital 2030, qui vise à faire du numérique un levier d’émancipation et non de dépendance culturelle, cet acte a une portée politique autant qu’artistique.
Un « pixel-brique » fondateur : la logique itérative
Medina Cybercity se présente comme une première édition — un prototype de quelques centaines de mètres carrés virtuels conçu pour être enrichi progressivement. Cette approche itérative est délibérée. L’œuvre collecte les retours des utilisateurs·trices — comportements d’interaction, préférences esthétiques, réponses émotionnelles — pour nourrir les futures évolutions.
Cette méthodologie, empruntée au design centré utilisateur et à la co-création, est en soi un message pédagogique pour les jeunes visiteurs·euses. On ne construit pas un monde d’un coup. On pose une première brique. On observe. On ajuste. On recommence. C’est le processus de toute construction — personnelle, professionnelle, culturelle.
Le vocabulaire même du projet — « pixel-brique » — crée un pont entre le zellige (assemblage de tesselles) et le numérique (assemblage de pixels). La continuité est assumée : bâtir un monde virtuel, c’est prolonger le geste du maître artisan qui assemble ses pièces selon une logique combinatoire.
L’hybridation culturelle comme espace de création
Le cadre théorique de Medina Cybercity mobilise le concept de « troisième espace » du théoricien Homi Bhabha : un lieu où le traditionnel et le moderne coexistent sans que l’un efface l’autre, produisant des formes d’expression inédites. La médina cybernétique est précisément cet espace : ni passéiste ni futuriste, mais hybride — comme la jeunesse qui la parcourt.
Pour les jeunes de Nouaceur, vivre cette hybridation en VR, c’est expérimenter physiquement ce qu’ils vivent quotidiennement de manière diffuse : être entre deux cultures, entre deux temporalités, entre deux visions du monde. L’art ne leur explique pas leur situation — il la leur fait habiter.
Vers un métavers culturel marocain
Medina Cybercity ouvre une perspective qui dépasse l’événement : celle d’un métavers culturel ancré dans les identités locales. Pas un métavers générique façon Silicon Valley, mais un environnement virtuel nourri par l’histoire, l’architecture, les matériaux et les récits du Maroc.
Les pistes de développement sont multiples : intégration de l’intelligence artificielle générative pour enrichir les interactions, ouverture collaborative à d’autres artistes et développeurs, études d’impact culturel sur la perception du patrimoine marocain par les publics jeunes.
Ce qui a été présenté à Nouaceur est un début. Mais ce début, ancré dans un événement d’inclusion sociale, pose les fondations justes : la technologie immersive au service de la reconnaissance culturelle, pas de la fuite hors du réel.
« Medina Cybercity » — Expérience VR de Kamel Ghabte (édition 2024), présentée en continu lors d’ÊTRE JEUNE 2026, Centre JOY Nouaceur, Casablanca. 26–27 juin 2026.
Découvrir l’œuvre → kamelghabte.me/medinacybercity
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