Entrer dans l’œuvre : « Le Cube Augmenté », quand le corps devient l’interface

Entrer dans l’œuvre : « Le Cube Augmenté », quand le corps devient l’interface

Une installation immersive où les mouvements des visiteurs sculptent le son et la lumière — présentée à ÊTRE JEUNE 2026, Centre JOY Nouaceur


Il y a une habitude tenace dans les espaces d’exposition : on regarde, on lit le cartel, on passe à la suite. L’art reste à distance. Le corps reste spectateur.

« Le Cube Augmenté » casse cette convention. Présentée en continu lors de l’événement ÊTRE JEUNE 2026 au Centre JOY de Nouaceur (Casablanca), cette installation immersive proposait aux jeunes visiteurs·euses quelque chose d’inédit pour la plupart d’entre eux : pénétrer physiquement dans une œuvre d’art numérique et la transformer par leurs mouvements.

Pour beaucoup, c’était une première rencontre avec l’art contemporain immersif. Et cette première fois ne ressemblait à aucune visite de musée.


Un cube, un corps, une partition visuelle et sonore

Le dispositif est architecturalement simple : une structure cubique dans laquelle les participant·es entrent. À l’intérieur, un environnement visuel et sonore réagit en temps réel à leurs déplacements, leurs gestes, leur présence dans l’espace. Les mouvements influencent et modulent l’œuvre sur les plans visuel et sonore, générant une sensation unique — celle de toucher la matière sonore elle-même.

Un tableau interactif de lignes blanches tapisse l’espace, évoquant une myriade de connexions. Cette composition graphique, minimaliste et complexe à la fois, répond au corps. Un pas en avant et les lignes se contractent. Un bras levé et le son s’élève. L’immobilité crée le silence. L’agitation crée la densité.

Il n’y a pas de mode d’emploi. Pas de tutoriel. Les jeunes de Nouaceur ont découvert le fonctionnement par l’exploration : essayer, observer l’effet, recommencer, comprendre. C’est exactement le processus du code créatif — itérer, tester, ajuster — mais vécu avec le corps entier plutôt qu’avec un clavier.


L’inclusion par le corps : pas besoin de savoir coder pour créer

C’est peut-être l’aspect le plus puissant du Cube Augmenté dans le contexte d’un événement consacré à la jeunesse et à l’épanouissement. L’œuvre ne demande aucune compétence préalable. Aucune littératie numérique. Aucun bagage culturel spécifique. Tout le monde entre avec le même outil : son corps.

Un·e jeune de 15 ans qui n’a jamais mis les pieds dans un musée peut, en trente secondes, comprendre qu’il ou elle a un pouvoir sur ce qui se passe autour. Que ses mouvements comptent. Que sa présence change l’espace. C’est une expérience d’empowerment viscérale, qui ne passe ni par le discours ni par la théorie.

Dans un quartier comme Nouaceur, où l’accès aux lieux culturels reste limité, cette dimension n’est pas anecdotique. L’art numérique immersif n’est pas réservé aux festivals européens ou aux centres d’art contemporain des capitales. Il peut s’installer dans un centre de jeunesse, avec un vidéoprojecteur et un système son, et produire le même effet de seuil : je peux créer, moi aussi.


Le Cube comme espace social

Un effet inattendu, observé systématiquement lors des présentations du Cube Augmenté : l’œuvre génère de la sociabilité. Quand plusieurs personnes entrent simultanément dans le cube, leurs mouvements combinés créent des compositions sonores et visuelles que personne n’aurait pu produire seul·e. On s’observe, on se synchronise, on rit, on expérimente à plusieurs.

Dans le contexte d’ÊTRE JEUNE 2026, cet aspect collectif a trouvé un écho particulier. Les jeunes ne se contentaient pas de vivre l’expérience — ils la partageaient. Les vidéos captées sur place, relayées sur les réseaux sociaux, montrent des groupes entiers en train de danser, de jouer, de tester les limites de l’interaction. Le Cube est devenu, le temps de l’événement, un lieu de rassemblement spontané.


Ce que l’installation révèle sur l’art numérique et l’inclusion

Le Cube Augmenté pose une question qui dépasse le cadre artistique : comment donner accès à des expériences culturelles de haut niveau dans des territoires qui en sont habituellement privés ? La réponse n’est pas dans la reproduction des modèles institutionnels — les galeries blanches, les vernissages, les médiations codifiées. Elle est dans la création de dispositifs qui fonctionnent immédiatement, sans barrière d’entrée, sans explication préalable, sans hiérarchie entre celui qui sait et celui qui découvre.

Quand un·e jeune entre dans le Cube et comprend, par son corps, qu’il ou elle est co-auteur·e de ce qui se passe, le rapport à l’art change. Ce n’est plus quelque chose qu’on visite. C’est quelque chose qu’on habite.


« Le Cube Augmenté » — Installation immersive de Kamel Ghabte (2022), présentée en continu lors d’ÊTRE JEUNE 2026, Centre JOY Nouaceur, Casablanca. 26–27 juin 2026.

Découvrir l’œuvre → kamelghabte.me/le-cube-augmente


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