Les villes oublient
Une ville se transforme en permanence. Des bâtiments sont démolis, des ruelles disparaissent, des usages s’effacent. Ce qui était un souk devient un parking. Ce qui était un hammam devient un commerce. Ce qui était une rue vivante devient un mur aveugle.
Les plans d’urbanisme documentent ce qui vient. Presque rien ne documente ce qui part.
La VR comme machine à mémoire
La réalité virtuelle permet de faire exister un lieu qui n’existe plus — ou qui est en train de disparaître. Pas comme un plan, pas comme une photo : comme une expérience spatiale. Le visiteur est dedans, il se déplace, il perçoit l’échelle, les sons, la lumière.
Ce n’est pas de la reconstitution historique (qui vise l’exactitude). C’est de la mémoire vive (qui vise l’expérience).
Deux approches
La reconstitution documentaire
Reconstruire un lieu à partir de sources : plans anciens, photos d’archives, témoignages oraux. Le résultat est un modèle 3D navigable — le plus fidèle possible.
Forces : valeur patrimoniale, usage pédagogique, base pour la recherche. Limites : coûteux, lent, lacunes dans les sources, risque de “muséification”.
L’expérience mémorielle
Ne pas reconstituer le lieu exact, mais recréer la sensation d’y être. Les sons, les rythmes, les gestes, les textures — même si l’espace n’est pas géométriquement fidèle.
Forces : impact émotionnel fort, accessible (pas besoin de sources exhaustives), artistique. Limites : subjectif, non documentaire, ne “prouve” rien.
KOUTCHI : l’approche mémorielle
KOUTCHI — Mémoire en Transit travaille la mémoire de la charrette marocaine. L’installation ne reconstitue pas une rue précise — elle recrée l’expérience d’être sur la charrette : le mouvement, les rênes dans les mains (physiques), les sons de la ville, le rythme du cheval.
Le visiteur ne visite pas un lieu disparu. Il habite un geste disparu.
C’est une distinction importante : la mémoire urbaine n’est pas que des bâtiments. C’est aussi des usages, des rythmes, des corps en mouvement dans l’espace.
Medina CyberCity : un horizon
Le concept de “Medina CyberCity” désigne un projet plus large : documenter et faire exister numériquement les médinas en transformation. Pas pour les figer — pour garder une trace navigable de ce qui change.
Enjeux spécifiques aux médinas : - Densité. Les ruelles font 1-2 mètres de large. La modélisation 3D classique (LiDAR, photogrammétrie) est difficile dans ces espaces contraints. - Vie. Une médina vide n’est pas une médina. Le son, les odeurs (représentées indirectement), les flux de personnes font partie du patrimoine immatériel. - Transformation continue. Contrairement à un monument classé, la médina bouge constamment. La documentation doit être un processus continu, pas un instantané. - Propriété. Qui décide ce qui est documenté ? Les habitants, les touristes, les institutions ? La question politique est inséparable de la question technique.
Applications concrètes
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