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خطارة

KHETTARA

L'Empreinte de l'Eau — أثر الماء

Œuvre générative temps réel · données OMS / UNICEF (JMP) · 2026

خطارة
L'EMPREINTE DE L'EAU
2000
accès sécurisé
sans accès
galerie envasée

Une tesselle vaut 4,46 millions de personnes. Faites glisser pour parcourir les trente années.

L'œuvre

Dans le sud marocain, une khettara est une galerie creusée sous le désert. L'eau y descend par la seule gravité, sur des kilomètres, ponctuée de puits verticaux. Certaines fonctionnent depuis mille ans. Aucune n'a de moteur.

C'est une technique, et c'est aussi une pensée : capter sans épuiser, transporter sans forcer, partager selon une règle admise par tous. La khettara est un système de calcul autant qu'un ouvrage. Comme le zellige, elle encode dans la matière une logique qu'on dirait aujourd'hui algorithmique.

L'œuvre fait tenir les deux dans le même cadre. En surface, une mosaïque de zellige en pavage khatam thamania figure l'humanité, tesselle par tesselle. En dessous, en coupe, la khettara. Trente années défilent, de 2000 à 2030.

Ce que la mosaïque montre

Chaque tesselle vaut 4,46 millions de personnes. La mosaïque naît avec la démographie : elle compte 1 376 tesselles en 2000, 1 915 en 2030. Les régions poussent depuis leur foyer selon les projections des Nations unies.

Les tesselles vivantes portent les couleurs des ateliers — bleu de Fès, vert de Meknès, blanc de Tétouan, or. Celles qui figurent une population sans accès sécurisé à l'eau potable se fissurent, virent à l'ocre puis à la cendre.

Une tesselle peut revenir à la vie. L'accès progresse, des populations sont raccordées. Mais elle garde alors un liseré ocre, définitif. C'est la seule licence que l'œuvre prend avec la donnée, et c'est celle qui compte : ce qui a été refusé ne s'efface pas d'un tableau. Une statistique se corrige. Une privation se subit.

Les deux lectures

Toute la pièce tient dans un écart. Regardez le haut de l'écran : la courbe du progrès. Regardez le bas : la même période, l'inverse.

60,2 % → 76,0 %
Part de l'humanité disposant d'un accès sécurisé à l'eau potable
Ce que retiennent les rapports
2,44 → 2,05 Mrd
Nombre de personnes qui n'en disposent pas
Ce que la courbe dissimule

Le pourcentage gagne près de seize points. L'effectif recule d'à peine quatre cent millions en trente ans. La raison est arithmétique : le dénominateur croît presque aussi vite que le numérateur. Le monde raccorde beaucoup de monde, et pendant ce temps il en naît autant.

Un indicateur en progression peut donc décrire une situation qui ne bouge pas. C'est l'illusion de la vitesse, et c'est le sujet de l'œuvre.

La coupe

Sous la ligne de sol, la galerie descend en pente douce, traversée de treize puits. Chaque tesselle qui s'assèche en surface tombe par un puits et se dépose au fond. La galerie s'envase, la lame d'eau s'amincit. En 2030, il n'en reste qu'un filet.

Le geste est là : l'infrastructure ancestrale est comblée par les débris de ceux qu'on n'a pas desservis. Le savoir-faire ne disparaît pas parce qu'on l'a oublié, mais parce qu'on l'a enseveli sous ses propres manquements.

Méthode et données

L'indicateur retenu est celui de l'objectif de développement durable 6.1, tel que le mesure le programme commun de suivi de l'Organisation mondiale de la santé et de l'UNICEF : l'eau potable gérée en toute sécurité — disponible sur place, accessible en permanence, exempte de contamination. C'est une définition exigeante, et volontairement : elle décrit un droit, pas une tolérance.

Sept régions sont distinguées selon le découpage des Nations unies pour le suivi des ODD. Les projections démographiques suivent la révision des perspectives mondiales de la population. Le modèle est calibré pour retomber sur le repère public de 2022, autour de 73 % de couverture mondiale.

Rien n'est ici de l'interprétation d'artiste au sens décoratif. La géométrie est exacte : le pavage khatam thamania se décompose en une étoile à huit branches et une croix dont les aires se somment strictement à la cellule unité. Le pavage ne triche pas, la donnée non plus.

Fiche technique

Nature
Œuvre générative temps réel, cycle de trente années, pilotable par le visiteur
Technique
HTML5 Canvas, JavaScript, synthèse sonore Web Audio — fichier autonome, sans dépendance réseau
Durée
2 min 30 en déroulé continu, ou libre en manipulation
Son
Deux nappes en fondu croisé : hydrophonie et ruissellement d'un côté, basse sèche et vent de l'autre ; craquements de céramique à chaque assèchement
Diffusion écran
Un écran 4K en format paysage, un ordinateur, deux enceintes
Diffusion projetée
Projection au sol de 4 × 8 m pour la mosaïque, second plan vertical pour la coupe ; vidéoprojecteur de 6 000 lumens minimum, obscurité relative
Version installée
Treize puits de lumière traversant l'espace au droit des puits de la galerie, et tranchée au sol recevant le dépôt
Montage
Une demi-journée en version écran, deux jours en version installée

Statement

In southern Morocco, a khettara is a gallery dug beneath the desert. Water descends through it by gravity alone, over kilometres, punctuated by vertical shafts. Some have run for a thousand years. None has an engine.

On the surface of this work, a zellige mosaic in khatam thamania tiling stands for humanity, one tessera per 4.46 million people. Beneath it, in section, the khettara. Thirty years pass, from 2000 to 2030, driven by the WHO and UNICEF measure of safely managed drinking water.

The share of humanity with safe access rises from 60.2% to 76.0%. The number of people without it falls from 2.44 to 2.05 billion. Sixteen points of progress, and almost no one saved — because the denominator grows nearly as fast as the numerator. An indicator can improve while a situation holds still.

Below, the gallery silts up with the debris of every tessera that dried out above. A restored tessera regains its colour but keeps a permanent ochre scar. A statistic can be corrected. A deprivation is lived through.