Œuvre générative · Studio NEONOVA · 2026
« Le métier tisse sans fin. Il n'écrira jamais là où quelqu'un dort. »
Kamel Ghabte · Studio NEONOVA · tissage algorithmique & jeu
Une tradition rapporte que le Prophète, trouvant son chat Muezza endormi sur la manche de son vêtement, préféra couper l'étoffe plutôt que de troubler son sommeil.
On ne raconte d'habitude cette histoire que comme une anecdote de douceur. Elle dit en réalité quelque chose de plus rare : le geste s'arrête. Un bien est sacrifié. La valeur de l'objet cède devant la présence d'un être vivant. Au fond, cette légende décrit une règle imposée à un acte de fabrication — une interdiction inscrite au cœur du travail lui-même.
L'artisanat géométrique marocain — le zellige, la tastir, le tissage — n'est pas un décor : c'est un système de règles. Le maâlem ne dessine pas un motif, il exécute un protocole — symétries, interdits, rapports de proportion transmis oralement et appliqués sans écart. En ce sens, l'artisanat marocain était algorithmique bien avant l'informatique.
Le Manteau de Muezza pousse cette conviction jusqu'au bout : la légende n'y est pas illustrée, elle y est exécutée comme un programme. Un métier à tisser algorithmique, une seule loi :
Ne jamais poser un point là où le chat dort.
Tout le reste — le motif, les couleurs, le rythme, la composition — est produit librement par la machine. La seule contrainte est l'interdit. Et l'œuvre entière naît de cet interdit.
MÊME LÉGENDE · MÊME GÉOMÉTRIE · DEUX RÉGIMES — CONTEMPLER / JOUER
Tissage algorithmique génératif · sans fin, sans répétition
Le métier travaille en direct devant le spectateur. La navette parcourt la trame rang par rang et dépose, à chaque croisement, une unité de zellige — l'étoile à huit branches, le khatam, liée de losanges et de croix.
Exploration 3D · la médina · récolter le zellige
Le même imaginaire, rendu jouable. On incarne le félin sacré — gardien silencieux du foyer, âme des ruelles de la médina — et l'on arpente le souk pour récolter les zelliges dispersés dans l'espace.
Rien. Aucune interaction, aucun bouton, aucune consigne — simplement du temps. La première minute ne révèle pas encore ce que la pièce fait ; c'est en voyant la navette s'arrêter, revenir, contourner, que l'on comprend qu'une présence est là, protégée, et que la machine le sait. L'œuvre travaille à l'échelle du regard patient, au temps de l'artisan plutôt qu'à celui de l'écran.
Elle ne commente aucune actualité. Elle s'adosse à un fonds ancien : la place du chat comme figure protégée dans la culture marocaine et la tradition musulmane — gardien du foyer, hôte de la médina, compagnon dont le repos vaut plus qu'une étoffe. Elle parle d'hospitalité, d'attention, et de ce qu'une civilisation choisit de ne pas faire.
Installation recommandée : plein écran / mode kiosque, salle en lumière tamisée (la pièce est sombre, elle a besoin de pénombre), mise en veille désactivée, cartel imprimé à côté de l'écran.
Kamel Ghabte est artiste numérique et créateur de code, franco-marocain, actif entre Bordeaux et Casablanca. Depuis plus de vingt ans, son travail explore l'hypothèse que l'artisanat géométrique marocain et amazigh — zellige, tastir, écriture tifinagh — constitue une forme de programmation avant l'informatique.
Il a présenté son travail dans plus de cinquante festivals internationaux — FIAV de Casablanca, ADAF d'Athènes, Ars Electronica Garden NYC, Pavillon de la Biodiversité de Venise. Premier Prix du FIAV Casablanca 2020, lauréat des ADAF Awards 2020. Il enseigne le creative coding et les interfaces multimodales à l'ESD Bordeaux, et a collaboré avec l'Institut Français, l'UNESCO, l'INA et l'AFP. Il a précédemment travaillé avec le Club Félin du Maroc autour de l'univers félin marocain.