Mémoire en Transitذاكرة في عبور
« Les rênes ne conduisent plus un cheval. Elles naviguent dans une mémoire. »
Une charrette marocaine devient une interface haptique. Le visiteur saisit de vraies rênes — reliées à des capteurs de tension — et traverse une ville de mémoire : un paysage génératif qui se déplie au rythme de ses gestes. Une œuvre sur l'exil, la transmission et ce que le corps garde quand tout le reste s'efface.
KOUTCHI est une installation interactive qui transforme une charrette traditionnelle marocaine en interface de navigation. Six stations, six époques : de la médina ancienne aux ports de transit, des routes rurales de l'exode aux villes européennes de la diaspora, chaque zone porte une voix, un fragment poétique, une trace de ceux qui ont tiré les rênes avant nous.
L'œuvre interroge la transmission du geste — ce savoir du corps qui résiste à l'exil, cette manière de tenir, d'équilibrer, de guider, qui passe de main en main sans que personne ne l'enseigne. La charrette est immobile, mais le voyage est réel. Ici, la mémoire n'est pas stockée dans les objets : elle est encodée dans les gestes.
Six époques,
un même geste :
tenir, tirer, traverser.
Le visiteur s'approche de la charrette. Les rênes attendent. Un ticket de bienvenue sort de l'imprimante thermique intégrée — papier chaud, motifs zellige, écriture tifinagh. L'invitation est physique.
Deux rênes équipées de capteurs de tension. Tirer à gauche, tirer à droite : le geste ancestral du charretier devient commande de navigation.
Un paysage 3D filaire se déploie à l'écran — architecture procédurale, lumières dorées, zellige génératif. Six zones, six ambiances sonores spatialisées.
Chaque station porte une voix — celle d'un charretier qui raconte son époque. Les mots se synchronisent au déplacement, en français, anglais et arabe.
À chaque station, un mini-ticket s'imprime. En fin de parcours, un reçu complet — motifs berbères, QR code, trace du voyage. Un objet à garder.
L'imprimante thermique intégrée à la charrette produit un ticket-souvenir unique pour chaque visiteur : motifs zellige en bitmap, écriture tifinagh, texte arabe, fragments poétiques — imprimés pixel par pixel. Un papier chaud, voué à pâlir avec le temps et la lumière, comme le souvenir lui-même.
La documentation visuelle de KOUTCHI — captation de l'installation en exposition, vidéo de l'expérience et tirages du reçu — est en cours de finalisation.
Les vraies rênes de cuir sont reliées à des capteurs de force. La traction gauche/droite pilote la navigation, en temps réel, avec une latence minimale.
La scène 3D immersive, une interface mobile pour le public (« Le Souffle »), et une cartographie projetée qui trace en direct les dérives du Koutchi.
Ignifugation certifiée, accessibilité PMR (siège satellite), hygiène VR théâtralisée et flux visiteurs maîtrisé — conçue pour les institutions.
Un ouvrage-manifeste accompagne l'installation : plus de 200 000 signes qui décortiquent la genèse de l'œuvre, sa philosophie de la mémoire et de l'exil (Ricœur, Bachelard, Halbwachs, Debord), l'ingénierie phygitale, l'esthétique de la trace et la « cognition incarnée » au cœur du projet.
Le livre est en cours de finalisation. Le mode de diffusion — édition numérique ou version librement accessible — sera annoncé prochainement.
Prochainement
Artiste franco-marocain basé entre Bordeaux et Rabat, Kamel Ghabte explore les intersections entre patrimoine culturel et technologies immersives. Son travail mêle géométrie amazighe, calligraphie arabe, design génératif et interfaces tangibles pour créer des expériences qui donnent corps à la mémoire.
Enseignant à l'ESD Bordeaux en interfaces multimodales et creative coding, il présente régulièrement son travail dans les festivals internationaux d'art numérique — IDAF Istanbul, Afric'Artech, ADAF Athènes, Ars Electronica, FIAV Casablanca.
« Je cherche le point où le geste ancien rencontre le pixel. Là où la main qui tenait les rênes tient encore quelque chose de nous. »